Quand l'Etat joue au bonneteau dans le nucléaire français

28 Mars 2017

Que se passe t'il aujourd'hui ?

L’Etat français a publié aujourd’hui au Journal Officiel l’arrêté autorisant l'acquisition par l’Agence des Participations de l’Etat(APE) et par le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) de participations dans le capital de la Société technique pour l'énergie atomique (AREVA TA). L’Etat nationalise ainsi les systèmes de propulsion nucléaire de la marine militaire française, considérés comme hautement stratégique. L’opération coûtera plus de 250 millions d’euros à l’APE.

Areva TA conçoit et maintient notamment les réacteurs nucléaires du porte-avions Charles-de-Gaulle et des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) et lanceurs d'engins (SNLE) français.

 

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Après des années d’errements dans la gestion d’Areva et sept années de perte d’affilée, l’Etat français a dû intervenir pour sauver le groupe nucléaire au bord de la faillite. Dès la fin 2011, l’Etat, actionnaire d’Areva directement et indirectement à plus de 85%, a alors changé les dirigeants à la tête de l’entreprise. Depuis, les dirigeants publics et ceux de l’entreprise essayent de sauver le groupe de la noyade financière.

Areva souffre financièrement tout à la fois de l’échec des projets de centrales nucléaires de troisième génération, de l’erreur rocambolesque, si ce n’est frauduleuse, du rachat de la société UraMin et de l’échec du réacteur de recherche Jules Horowitz.

Pourquoi devrais-je y prêter attention ?

 

Avec du recul : le nucléaire en France enchaîne les déconvenues et ne trouve pas la sortie du tunnel

L’indépendance énergétique française grâce au nucléaire est une fierté nationale entretenue par tous les grands courants politiques. La quasi-intégralité du secteur nucléaire français est possédée directement ou indirectement par l’Etat. Le fait est que l’industrie nucléaire française n’arrive plus à se réinventer et qu’il n’existe aucune solution satisfaisante.

Prolonger la durée de vie de quarante à cinquante ans des 58 réacteurs nucléaires français encore en activité coûterait au mieux 100 milliards d’euros et ne ferait que repousser le problème dans le temps sans pour autant offrir une solution durable alternative.

A l’inverse, sortir du nucléaire coûterait au bas mot au moins 50 milliards d’euros uniquement pour démanteler les réacteurs nucléaires encore en activité à supposer que l’on sache vraiment le faire. Pour rappel, les premières centrales nucléaires à avoir été fermées en 1985 ne sont toujours pas définitivement démantelées et ne le seront pas avant probablement plusieurs décennies.

EDF a manifestement sous-estimé le coût du démantèlement des centrales nucléaires actuelles de plus de 2,4 fois. Dans le même temps, Areva a systématiquement sous-estimé le coût de construction de toutes les nouvelles centrales nucléaires dites EPR. Ainsi, il est toujours impossible de savoir quand – et surtout si - les fameux EPR (Evolutionary Power Reactor) dont les coûts de construction se révèlent être trois fois supérieurs à ceux prévus, pourront un jour être mis en exploitation. Areva et EDF continuent pourtant de s’échiner à en vendre, au Royaume-Uni et en Chine notamment.

Pour les banques : l’Etat actionnaire est un piètre gérant d’actifs et c’est à notre détriment

La Cour des Comptes est catégorique. « La situation d’ensemble des entreprises à participation publique se dégrade, comme le montrent à la fois le passé récent et les perspectives pour les prochaines années » ajoutant que « c’est parmi les grandes entreprises publiques à participation exclusive ou majoritaire que l’on trouve les situations les plus tendues, dans les secteurs des transports ferroviaires, de l’énergie nucléaire ou de l’audiovisuel. ». 

Hier, lundi 27 mars, l’Etat se vendait à lui-même une participation dans Renault, l’APE vendant à la Banque Publique d’Investissement, elle-même possédée à 50% par l’APE, les titres que cette dernière possédait dans Renault. Aujourd’hui, l’APE et le CEA, tous deux possédés à 100% par l’Etat français, achètent des parts dans AREVA TA qui appartenait à Areva, elle-même possédée à 85% par l’Etat.

Faute de vision stratégique de long terme, l’Etat pare au plus pressé pour soutenir financièrement les sociétés qu’il détient en réalisant des opérations financières complexes entre entités détenues par l’Etat pour faire circuler les liquidités là où il y en a besoin. Dans la filière nucléaire, l’Etat pratique depuis désormais plusieurs années un bonneteau financier malsain qui sauve les apparences à court terme mais ne répond à aucune des interrogations sur la politique énergétique française au premier rang desquelles : que ferons-nous quand les centrales nucléaires actuelles ne seront plus exploitables ?

 

La citation du jour 

« Le risque provient de ne pas savoir ce que l'on fait. »

Warren Buffet 

Investisseur et 3ème fortune mondiale 


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